En 2013 le jeune photographe Samsul Alam Helal ouvre un studio spécial dans le sud de Dacca. C’est un quartier de paysans venus chercher en ville une vie meilleure, et finalement rattrapés par la pauvreté et le chômage. Mais au lieu de parler de leur misère, Samsul a envie de leur faire raconter leurs rêves. Devant des décors aux fonds chatoyants, il invite les gens à s’exprimer : « Que désireriez-vous pour être heureux ? ». Ils se prêtent au jeu et s’inventent un destin de héros ou de grand voyageur. Ils évoquent l’abondance, le confort moderne, la liberté de se choisir un avenir. Le quotidien est oublié, le rêve immortalisé sur la pellicule. Ils en sortent heureux, le portrait à la main, comme on brandit un trésor. 
Tipu, qui a quitté sa région comme des millions d’autres Bangladeshis, vit dans ce quartier. Employé de magasin la semaine, il devient cinéphile le dimanche. Il s’abreuve de films locaux, rêve devant ces héroïnes, si belles, se les approprie en écrivant leur nom sur son corps. Un jour il passe se faire tirer le portrait là où rêver est encore permis. Sur la photo, il pose en compagnie d’une héroïne de carton grandeur nature. Comme si « l’amour de sa vie » s’animait. Il l’enlace et ne la lâche plus. Le temps d’une prise de vue, Samsul Alam Helal lui donne le droit d’y croire. 

Martina Bacigalupo et Victoria Scoffier
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