Avec la croissance exponentielle de sa population, l’Inde, qui vient de dépasser la Chine, a considérablement réduit la surface des forêts (1,5 million d’hectares sont rasés chaque année depuis dix ans). Les premières affectées sont les espèces sauvages, dont le tigre du Bengale: amenées à vivre plus proches des humains, avec de moins en moins de proies, ils attaquent régulièrement le bétail, parfois même les hommes, qui, à leur tour se protègent, en tuant les tigres. De 40 000 individus en 1910, cette population a chuté à 2 000 dans les années 1970. Elle est aujourd’hui estimée à environ 3 000 individus.
Le photographe indien Senthil Kumaran documente depuis dix ans cette confrontation entre humains et grands félins : «Hommes et animaux sont victimes du même mal : l’impact de la déforestation que subit le sous-continent depuis un siècle, explique-t-il, pour sauver leurs moyens de subsistance, ils se battent les uns contre les autres dans le même but : survivre. Les paysans souffrent des attaques des tigres, ce qui provoque leur colère. Si vous voulez sauver les tigres, il faut donc soigner la colère des hommes.»
Intransigeant défenseur du monde sauvage, Senthil travaille aux côtés de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), qui a mis en place un important plan de conservation. Leur dernier rapport, daté juillet 2022, fait état d’une augmentation de la population de tigres sauvages. Mais la route est encore longue et la frontière est fragile entre le monde sauvage et le monde cultivé. Elle s’incarne dans ce poste d’observation où une vigie passe la nuit…

Martina Bacigalupo
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