Depuis des siècles, dans l’État de Guerrero, au Mexique, les Mixtèques (du mot nahuatl Mixtecapan signifiant «territoire du peuple des nuages») commémorent la fin et le début de l’année sur la colline sacrée de La Garza. Le rituel, qui consiste à brûler des taureaux en carton posés sur la tête des hommes, produit parfois des effets étonnants, comme avec cet homme qui disparaît derrière un nuage de fumée. «Un homme au milieu d’une explosion : voici pour moi une image qui symbolise l’histoire de cette communauté», raconte le photographe mexicain Yael Martinez, qui travaille depuis une décennie sur les communautés indigènes de son pays. «Après avoir été une des plus grandes civilisations précolombiennes de l’Amérique centrale, les Mixtèques ont été violentés systématiquement par les Aztèques, les Espagnols et aujourd’hui par le gouvernement et les cartels mexicains.»
Le Mexique est le troisième plus grand producteur d'opium au monde après l'Afghanistan et le Myanmar. Plus de la moitié est cultivé dans l'État de Guerrero, le deuxième plus pauvre du pays, avec le taux le plus élevé de déplacements forcés et de crimes non signalés. Piégés entre la violence des organisations criminelles et les responsables politiques qui ne leur offrent pas d'alternatives viables, les sont exploités dans la production d’héroïne par les narcotrafiquants.
Le projet de Yael Martinez documente la lutte à laquelle ces cultivateurs sont confrontés. Il parle aussi – et surtout – de leur résilience. «Au milieu d’un tourbillon de violence systématique, les Mixtèques ont réussi à préserver une partie de leur identité, de leur culture, de leur monde.» Pour le raconter, la photo documentaire traditionnelle ne suffisait plus. Yael Martinez a décidé d’intervenir sur ses images : «En les piquant avec des épingles, j’ai créé plein de petits trous sur les tirages. Ensuite, je les rétro-éclaire.»
Ses images oniriques évoquent à la fois la violence subie et le processus de grattage de la fleur de pavot pendant l'extraction de l'opium. Elles racontent aussi cette capacité magique du «peuple des nuages» à convertir l’obscurité en lumière, la mort en vie.
Martina Bacigalupo

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