«Salvatore, un fromager réputé des environs de Naples, pose avec son fils de 5 ans, Antonio Luise. Il est devenu ami avec Maradona, grand amateur de mozzarella. Antonio aurait même été baby-sitté par le footballeur ! Au fil des années, le “roi des produits laitiers”, pour reprendre l’expression de la dédicace, a constitué la plus grande collection au monde d’objets maradoniens. Antonio, qui en a hérité après le décès de son père, en possède des centaines, conservés dans un coffre à la banque. On y trouve des couverts utilisés lors d’un repas, des brassards de capitaine... Sa pièce maîtresse : le maillot de la demi-finale Argentine-Angleterre de la Coupe du monde 1986 au Mexique, match du célèbre but dit “Main de Dieu”. Le tout vaudrait des millions d’euros.»
 
De 1984 à 1991, Diego Maradona transforme le petit club de série A du «Napoli» en club plus fort du pays, capable de gagner contre les grandes équipes du nord. La ville retrouve sa fierté et s’enflamme. 527 bébés s’appelleront en son nom, et les tifosi napolitains vont le rencontrer, le toucher, patientent des heures pour poser à ses côtés. Les photos avec Maradona sont considérées comme des reliques, et elles ont été religieusement conservées. Quand le photographe Carlo Rainone tombe par hasard sur une d’entre elles, en 2017, lorsqu’un vieux tifoso lui en montre une de son ex-compagne avec Maradona, il décide d’aller plus loin. Il se met à interpeller les gens à la pizzeria, au supermarché, à l’église : «Auriez-vous une photo avec Maradona ?» Il va jusqu’à coller des affiches dans la rue. Sa collection est magnifique : ici il pose avec un fan qui lui a fait un gâteau à son effigie, là avec une fillette qui fait sa communion (deuxième bénédiction !), là encore avec les vendeuses d’une boutique de vêtements à Capri, et puis avec une grand-mère amoureuse de lui !
 
«Chaque fois, il y a une histoire derrière» raconte Carlo. Il a collecté plus de 400 images. Toute une mémoire collective préservée, qui parle de la relation spéciale entre les napolitains et le « Pibe de Oro », issu, comme eux, des milieux marginalisés : «Naples me faisait penser à mes origines», il écrivait dans Ma Vérité, une autobiographie parue en 2016.
 
«Ce projet pourrait continuer, mais je vais arrêter, confie Carlo Rainone. Mon rêve était d’en faire un livre et de le lui envoyer, en espérant le rencontrer et avoir moi aussi ma photo avec lui.» Mais le cœur de Maradona s’arrête le 25 novembre 2020, dans la province de Buenos Aires. Il avait 60 ans. Il n’aurait pas eu le temps de voir son Argentine gagner la Coupe du Monde en décembre dernier. Mais à Naples, il vit toujours. «Citoyen d’honneur» de la ville depuis 2017, il donne désormais son nom au stade San Paolo, rebaptisé «Diego-Armando-Maradona». «À sa mort, j’ai appelé mon père et mon oncle pour leur présenter mes condoléances, se souvient Carlo Rainone. Comme si c’était quelqu’un de notre famille.» Une immense fresque à l’effigie du joueur orne un mur du quartier espagnol de la ville. Sculptures, statues, autels... il est partout. «Sa mort l’a rendu éternel. C’est un dieu.» 

Martina Bacigalupo avec Bruno Lus
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