Dans les années 80, Lula impose son style. Grosse barbe noire, cheveux en bataille, cigare cubain planté dans le sourire et verbe haut: malgré sa petite taille – moins d’1 mètre 70, celui qui n’est pas encore président du Brésil n’a déjà peur de rien ni de personne. Bien installé comme dirigeant syndical des ouvriers métallurgistes, il s’affirme de plus en plus comme un redoutable leader d’opposition. Avec des syndicalistes, des intellectuels et des étudiants, il cofonde le 10 février 1980 le Parti des travailleurs (PT) qui, d’inspiration socialiste et tiers-mondiste, défend la classe ouvrière. C’est le premier parti de gauche indépendant, alors qu’il n’existe jusque-là que le parti officiel du régime militaire et un parti d’opposition centriste, le Mouvement démocratique brésilien, autorisé par la dictature. Le PT est officiellement reconnu par la Cour supérieure électorale en février 1982.
Depuis, Lula a enchainé luttes, victoires et défaites. Président de la République deux fois (2002 et 2006), condamné à neuf ans et six mois de prison pour une gigantesque affaire de corruption en 2017, libéré un an et demi après et blanchi par l’annulation de ses condamnations en 2021, il a aussi perdu deux femmes et s’est remarié en mai dernier. Aujourd’hui, à 75 ans, après une vie de roman, l’ancien ouvrier tente une troisième candidature à la présidence. Après le premier tour de scrutin, dimanche 2 octobre, il est en tête devant le candidat d’extrême droite sortant, Jair Bolsonaro. Mais alors qu’on s’attendait à son élection dès le premier tour, il obtient moins de voix que prévu : 48,43% des voix contre 43,20% pour le président sortant.  Le second tour est prévu le dimanche 30 octobre.
Lula mise sur l ’urgence climatique. Le Brésil a connu ces deux dernières années des événements extrêmes, de la sécheresse historique dans le Centre-ouest aux inondations meurtrières dans les régions littorales. Selon une étude parue en 2021 dans Nature, la déforestation effrénée pratiquée sous la présidence Bolsonaro – en moyenne 720 kilomètres carrés déboisés tous les mois en Amazonie jusqu’en juillet 2022, soit deux fois plus que sous ses prédécesseurs – aurait augmenté de 60% les incendies en Amazonie. Paulo Moutinho, directeur à l’Institut de recherche sur l’environnement en Amazonie, affirme qu’il faudra au moins dix ans pour récupérer tout ce qui a été détruit sous le gouvernement d’extrême droite. Lula, lui, promet la tolérance zéro contre l’orpaillage, la déforestation et les incendies criminels en Amazonie ainsi que la création d’un ministère des Indigènes.  Pourra-t-il le faire ?
 
Martina Bacigalupo et Bruno Lus
Chaque lundi matin, recevez une photo choisie par la rédaction de 6Mois. Étonnante, frappante, parfois drôle, toujours prise par un·e photojournaliste qui vous raconte une histoire.

Découvrir les autres photos du lundi