Entre Maran et Bama, c’est l’amitié de presque toute une vie. Le premier est un cornac, ou mahout, la seconde est une éléphante. Il lui parle avec douceur et ne la rabroue jamais ni ne la frappe. Ils ont à peu près le même âge : la pachyderme a presque 60 ans, son dresseur, 55. «Je n’ai jamais vu Bama seule», raconte Senthil Kumaran, photographe indien qui travaille sur la conservation des animaux sauvages. «Quand Maran prépare le dîner avec sa femme et ses enfants, sur la petite table du jardin, Bama est à ses côtés. De temps en temps, Maran lui glisse un mot ou lui passe une pomme de terre. Elle est vraiment un membre de sa famille.»
L’éléphant est un animal important en Inde. Il est encore utilisé comme moyen de transport, ou comme bête de somme, dressé pour amuser les touristes ou apprivoiser les éléphants sauvages capturés dans la nature. D’autres, comme Bama, servent à repousser les pachydermes qui approchent trop près les habitations et les récoltes. Depuis dix ans, la croissance exponentielle de la population indienne a en effet réduit la forêt. De fait, les éléphants, perturbés par les cultures, les usines, les villes et les autoroutes, pénètrent de plus en plus souvent dans les zones habitées détruisant les plantations et tuant les humains.
«Les mahouts sont essentiels pour éviter que les communautés touchées recourent à des solutions radicales pour se protéger des éléphants, comme l'installation de clôtures électriques et l'empoisonnement, raconte le photographe. Ils sont les seuls capables de ramener dans la nature les éléphants sauvages égarés dans les zones habitées.»
La relation entre mahouts et éléphants en Inde est ancienne. Depuis quatre cents ans, dans le sud-ouest du pays, les membres de l’ethnie Kurumba – d’où les mahouts sont issus – se transmettent de père en fils une technique pour gagner la confiance des pachydermes : ils leur parlent avec une langue développée au fil de siècles et ils n’utilisent aucun objet pointu. Tout au long du dressage, ils utilisent beaucoup de douceur.
«Bama est une éléphante exceptionnelle, poursuit le photographe. Il y a 30 ans, son précédent dresseur s’est fait attaquer par un léopard pendant une balade dans la forêt. Quand elle a l’a vu par terre, inconscient, Bama s’est placée entre lui et le léopard. Ses grandes jambes ont dissuadé le félin. Ensuite, avec sa trompe, elle a tiré le mahout vers un buisson pour le mettre à l’abri.»
Martina Bacigalupo

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