Aux abords de certaines mines au Pérou, le taux de métaux lourds dans l’eau atteint jusqu’à quatre cents fois la norme européenne. Les multinationales exportent vers l'étranger les minerais qu’elles extraient. Mais elles laissent, dans leur sillage, un environnement toxique et des humains à bout de souffle.
«La pollution provoque maux de tête, nausées, modifications de l’humeur, mais aussi maladies du sang, cancers et lésions cérébrales», raconte le photographe Alessandro Cinque, qui documente la situation depuis 2017 : «Les enfants absorbent les métaux lourds avant même la naissance.» Comme Julio César Chuahuayo Chilo, 13 ans, qui souffre d’une paralysie cérébrale. Sur la photo sa mère, Silvia Chilo Choque, le lave. Pendant la saison sèche, quand l’eau manque, le rituel est long et laborieux. Silvia fait bouillir de l’eau de la rivière contaminée par l’extraction de cuivre et y ajoute du chlore. Ça ne sert à rien, mais elle n’a pas d’autre solution.
Le photographe Italien accompagne la longue marche des communautés locales pour obtenir justice. Pour documenter les dégâts de l’extraction minière sur les hauts plateaux péruviens, il a du sillonner treize régions du pays : «partout, j’ai vu des cours d’eau détournés ou pollués». À San Pedro Mimosa, dans l’un des départements les plus pauvres du Pérou, où les autochtones quechua sont majoritaires, personne ne touche à l’eau rougeâtre de cette “relavera”, un bassin vers lequel convergent les déchets miniers toxiques. Les riverains préfèrent se ravitailler aux sources et rivières situées à l’extérieur de la ville. Rares sont ceux qui peuvent se payer l’eau potable des camions-citernes, vingt-cinq fois plus cher qu’à Lima, à cause du manque d’infrastructures.
Mais des révoltes populaires commencent à s'exprimer. En 2019, les paysans, craignant l’assèchement de leur vallée, ont lancé des pierres et bloqué les trains. La police a riposté par des tirs de grenades lacrymogènes. En promettant de geler le projet, en 2021, Pedro Castillo avait eu le soutien des villes minières et gagné la présidence. Avec sa destitution par le Congrès jeudi 8 décembre, le futur pour les Quechua est plus incertain que jamais.

Martina Bacigalupo
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