« Giuliano a une passion pour les masques. Celui du singe est son préféré. Il le porte souvent et demande aussi à ses parents de le porter. Ça le fait tellement rire ! En cette fin d’après-midi tranquille, Giuliano a entre les mains le petit bouquin sur Cartier Bresson que je lui ai offert. Un moment léger, calme, presque suspendu. »
Nicola Vinciguerra suit Giuliano depuis quatre ans à Pescara, sur la côte Adriatique italienne. Il est son éducateur, spécialisé dans l’assistance de personnes porteuses d’un handicap, comme l’autisme ou la trisomie. En 2020, un collègue psychothérapeute l’implique dans la prise en charge de Giuliano, atteint du syndrome de l’X fragile, une maladie génétique rare, première cause de retard mental héréditaire et la deuxième cause de déficience intellectuelle après la trisomie 21. 
Quand Nicola rencontre Giuliano, il a environ dix-huit ans. Il est replié sur lui-même, souffre d’un retard de développement, des difficultés de langage et d’attention. « On a essayé de contourner cela avec des livres sur les sujets qui l’intéressaient, comme la nature et les animaux. Ainsi, il pouvait rester concentré plus longtemps. » Très vite Nicola commence à sortir Giuliano de la maison, pour lui apprendre à interagir avec le monde. Traverser la route, gérer l’argent, courir, parler aux autres. Au fil des mois les deux se rapprochent, Giuliano s’ouvre, va mieux. Nicola l’inclut dans sa vie, l’amène jouer au bowling avec sa copine, l’invite manger une pizza sur la promenade, passe du temps avec lui. C’est son ami. C’est là que la photographie entre en scène.
Quand il est pris en photo la première fois, Giuliano joue le jeu, rit, prend plaisir. Nicola ne lâche plus son appareil photo, qui les accompagne dans toutes leurs sorties.  « J’ai compris que la photo permettait d’exprimer des choses impossibles à communiquer avec le langage verbal », raconte l’éducateur. Les parents de Giuliano s’étonnent. Ce garçon timide, introverti, qui se méfie des gens, est différent avec Nicola.  « Nous sommes très liés, avoue le photographe-éducateur. Parfois, au milieu de quelque chose, tout à coup Giuliano exclame : “Nicola, tu peux me regarder ?” Je pense que pour lui être regardé c’est une façon d’être aimé.»

Martina Bacigalupo
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