Quand Ferhat Bouda rentre chez lui à Francfort après un reportage en Algérie, en mars 2020, l’Europe se barricade contre la pandémie. La première réaction du photojournaliste est de chercher à raconter les premières lignes. Il demande les autorisations pour entrer dans les hôpitaux, en vain. Le photographe kabyle, qui témoigne depuis dix ans de l’histoire du peuple berbère à travers des images classiques, se met à chercher une autre approche. Un jour, il retombe sur ses vieux carnets de voyage : des pages remplies de photos collées, à moitié déchirées, des textes écrits en désordre tout autour. La voilà sous ses yeux, l’autre approche.
Il commence à arpenter les rues de Francfort. Chaque jour il sort prendre des photos, puis les imprime et les colle sur son carnet. Ensuite, il commence à écrire et dessiner : «Dans ce projet, j’étais le rédacteur, le photographe, l’illustrateur, le graphiste ! C’était génial !», relève Ferhat Bouda. Au milieu du confinement, il déborde de créativité. Trente planches, organisées par thème, racontent les effets du covid-19 dans sa ville : les rues, les masques, les lieux de culte, les mariages, les restaurants, la vie des sans-abris…
Cette planche est autour des masques. «Au début, personne n’en portait ici, à part les asiatiques. Puis les médecins ont commencé à les conseiller et ils sont apparus dans les magasins, sur les visages. Certains bricolaient les leurs. Quand j’ai vu ce mec avec un masque à gaz en centre-ville, ça m’a fait rire et ça m’a fait peur en même temps.»
Il se met à l’aquarelle. Il s’initie grâce à des tutos sur Youtube. Pourquoi l’aquarelle ? «Je ne sais pas. Une amie m’a dit que la période était tellement dure que j’avais besoin de quelque chose de simple et fluide... Je crois qu’elle a raison !» Une résilience poétique dans un monde absurde, qui change sous ses yeux.
Martina Bacigalupo

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